Souvenez-vous…C’était en 1994. Une pochette glauque, un son nouveau, des thèmes originaux, cinq types en jogging Adidas qui inventait un genre. Pas besoin de faire un cours d’histoire, celle de
Korn est connu de bon nombre de metalleux. Le changement opéré en 2005 suite au départ de Head, considéré comme LE membre de
Korn, divisera les fans avec un See you on the other side qui, à défaut d’être renversant, osait du moins du neuf avec plus d’électronique. Virage à 180° amorcé puis suivi en 2007 avec Untitled, le plus expérimental des
Korn. Depuis, nombreux sont ceux qui regrettent Head, qui jugent
Korn comme dépassé ou traitre à son sang, renégat. Aujourd’hui, nouveau changement. Davis annonce un retour aux origines. Nouveau batteur, Ray Luzier, qui donne tout ce qu’il a parait-il. L’album porte le nom de
Korn III : Remember who you are.
Korn III car le troisième produit par Ross Robinson, revenant lui aussi.
Petit jeu de clins d’œil avec ce neuvième opus. Remember who you are se dit
Korn, comme s’il avait oublié. La pochette renoue avec les origines, plus crue, plus frontale, dans la lignée de l’éponyme. On s’attend à du gros, du lourd, du
Korn old-school. Et on ne sera pas déçu. « Oildale (leave me alone) » renvoie à la vieille époque, on se prend à rêver. La basse est lourde, la batterie sonne, Davis chante juste, le refrain est bon, le titre est très bon. Ca commence bien, mais on sent déjà le foin, la tâche verte dans le pain rassis. Les morceaux sont bons, souvent très bons. La palme revient à des titres comme « Pop a pill », qui rappelera la bonne époque où
Korn savait faire du riff et de l’entrain glauque bizarroïde ou encore « Lead the parade » où Davis semble en pleine forme.
Là où l’odeur devient plus forte c’est lorsque l’on a fini l’écoute de l’album. Car quelque chose nous vient en tête. Un lien entre le nom de cet album et un truc culte, avec des gigowatts…mmh…Ouais voilà ! Retour vers le futur !
Korn nous joue Retour vers le futur ! Qu’on s’explique pour ne pas embrouiller : la bande à Davis marque un retour aux sources mais efface du coup des années d’évolution musicale derrière elle. En tachant de toucher du bout des doigts la glorieuse époque de ses débuts,
Korn saute toutes les tentatives de nouveauté qu’il avait opéré. Adieu
Korn qui ose, bonjour
Korn mode machine dans le temps. Malgré cela, Remember who you are n’est pas mauvais. Il arrive juste bien trop tard, après deux essais qui marquaient une diffèrence, une volonté de renouveau et qui, même sans y parvenir, avaient le mérite d’essayer. Là, on a l’impression que
Korn renfile son jean Adidas, sans parvenir à rentrer dedans.
Cette sensation se retrouve dans les titres eux-mêmes, le
Korn 2010 n’est plus pareil, il surjoue lorsqu’il tente de retourner à sa madeleine. Davis en fait parfois trop (« Are you ready to live » bien que agréable), et l’absence d’une deuxième guitare se ressent, Munky est seul. Le batteur assure cependant, il arrive à incorporer ce groove légendaire (« Fear is a place to live ») et mériterait encore plus de place. On ne dira pas que Head manque. Ce qu’il manque, c’est un second guitariste à temps plein. Pas un gars planqué derrière un rideau lors des lives parce que Munky ne veut que Head.
Korn doit passer à autre chose, trouver un nouveau membre qui s’investira et alors l’alchimie guitaristique refonctionnera. Or, il y a en effet des problèmes. Néanmoins,
Korn III : Remember who you are n’est pas un mauvais album et, pour prendre beaucoup de personnes à contre-pied, il est plutôt bon. La majorité des titres sont bons, avec des refrains bien entrainant et des couplets plus dansants (« Let the guilt go », énorme) mais aussi des ambiances parfois fouillées (la fin de « Never around », seule chose intéressante dans le morceau cependant).
Le constat n’est pas aussi sévère que ce à quoi l’on aurait pu s’attendre. Le problème c’est que
Korn zappe 10 ans de discographie, retourne à ses origines sans se soucier du reste. Du coup, on a l’impression d’être trop vieux, d’être indifférent à tout ça. Mais au fond, il n’en est rien et Remember who you are fait office de bon album. Les bons morceaux s’enchainent et
Korn, bien que perdu, ravive la flamme d’espoir qui s’amenuisait dans notre esprit. A l’écoute de ce neuvième opus, on passe un moment agréable et on se redit avec plaisir : putain
Korn, ça c’est du groupe…continuez les gars, anéantissez vos démons, et alors on aura peut être un jour un retour digne de celui de
Deftones par exemple.