En cette toute fin des années 80 la nouvelle scène allemande, éclot au début de cette décennie, offre aux yeux et aux oreilles d’un monde ébahis, les sonorités d’un Heavy/Speed Metal agressif et novateur, très inspiré, pour certains de ces acteurs les plus sémillants, par, entre-autre, le Thrash, mais surtout mû par une volonté nouvelle, et bien plus véhémente, de défendre une musique plus ardente et plus âpre que leurs illustres précurseurs. On découvre ainsi, notamment, des œuvres tels que les premiers essais d’un
Helloween encore bien trop novice et qui cherche sa voie, celles d’un
Grave Digger à peine plus aguerris ou encore d’un
Running Wild installés aux prémices d’une renommé méritoire déjà presque acquise. C’est au sein de cette délicieuse et saine agitation que va sortir ce
Battalions of Fear, premier véritable chapitre de l’histoire
Blind Guardian.
Dans la plus pure tradition de cette scène aux aspirations nouvelles, et très influencé par ces ainées d’
Helloween dans la période initiale de son Judas et de ses riffs tranchants et rugueux, de ses chants acérés et belliqueux,
Blind Guardian va, pourtant, nous offrir, avec ce disque, la genèse encore timide et balbutiante d’un univers potentiellement bien plus riches et d’emblée captivant où se mêlent créatures fantastiques et mystérieuses, combats épiques et quêtes initiatiques, issues de l’esprit d’un Hansi Kursch passionnée par l’œuvre de Tolkien. Si ce
Battalions of Fear, au son quelques peu daté, désuet, vieillot et manquant singulièrement de richesse et de puissance, n’est, soyons franc, pas tout à fait, loin s’en faut, en mesure de nous combler pleinement ; il recèle, tout de même, d’un intérêt non-négligeable. On y découvre, en effet, quelques éléments qui feront bientôt les caractéristiques les plus délectables de ce groupe. Il faut, bien entendu et en premier lieu, parler de ce chant rugueux et écorchés, si propre à Hansi qui, même si, ici, fait montre de quelques inconstances, et notamment dans ces notes les plus hautes, sera une des caractéristiques les plus emblématique de ce groupe. Indubitablement propre à cette nouvelle tendance germanique, les chants de ces quelques nouveaux venus signent le début d’une longue histoire conservatiste identitaire forte.
On devine aussi, au-delà de cette disposition constante à proposer des titres essentiellement rageurs et vifs, rapides et énergiques, à l’esprit Heavy/Speed aux influences Thrashy, une réelle volonté de se démarquer en proposant, de manière, ceci dit, encore bien trop succincte, des breaks plus subtils. De ce tableau, à la fougue de la jeunesse et à la technicité encore un peu trop immature, se dégage des teintes déjà bien affirmés. Ainsi des titres tels que Majesty, Guardian of the Blind, Trial By Archon ou Run For The Night, préfigurent, tout de même, déjà en partie, du devenir proche de ce groupe.
On y ressent aussi une couleur hypothétiquement plus épique à la musique de
Blind Guardian, mais, elle aussi, encore bien trop discrète pour réellement en faire, déjà, un atout majeur. Ce visage homérique est, notamment, mis en exergue par les voix et les guitares.
Battalions Of Fear constitue donc le premier pas, certes, mal assuré de
Blind Guardian. Néanmoins, il suggère déjà, au son de qualités sous-jacentes et latentes, de réelles possibilités intéressantes pour la suite de la carrière de ce jeune groupe.