Tien, j'ai pas d'idée pour un sous-titre, pour une fois...
Hégémonie : nom féminin
(grec hêgemonia, de hêgemôn, -onos, chef)
* Domination d'une puissance, d'un pays, d'un groupe social, etc., sur les autres : L'hégémonie des supergrands.
* Direction des opérations militaires par une cité grecque faisant alliance avec d'autres.
(source : Petit Larousse)
Autant dire que ça n'aide pas franchement à comprendre de quoi va parler cet EP, si ce n'est d'hégémonie. Cela, c'est pour la vision à court terme. Pour ceux qui ne veulent pas se pencher sur les paroles (non fournies dans le livret en plus...), ça pourrait s'arrêter là et ils pourraient simplement prendre leur pied avec sept chansons de death metal entre mélodique et technique avec un certain souffle épique tout du long. Sympa, hein ? Pour ceux qui veulent entrer plus en profondeur dans l'oeuvre, pour la vivre pleinement, résumer l'histoire n'est pas chose aisée. Il s'agit d'un homme qui se sent de plus en plus mal dans le modèle social actuel, ne se reconnaissant plus dans ce monde, ni dans les autres, ni en lui-même. Bientôt, se mal-être se verra confirmer par des hallucinations et cet homme s'enfuira de la société, en suivant son instinct et en se retrouvant dans un endroit sombre et trouble, où il perdra tout repère...
Sur le principe, cela peut paraitre abscons, surtout quand c'est résumé sur trois titres, vu que cet EP est conceptuel. Déflorer toute l'histoire serait criminel, cela ne laisserait plus place à l'imagination. Bref, pour un premier disque, Aesmah se montre d'entrée de jeu ambitieux. Le groupe, mené par Olivier et François, deux membres d'Abstract Agony, n'est pas composé de novices. Tous ont un parcours musical, tous ont roulé leur bosse dans différentes formations et cela s'entend. L'ensemble est très carré, très pro, même si le son manque de patate (c'est en même temps une autoproduction, ce qui fait que ce défaut est pardonnable).
Aesmah évolue dans le domaine du death metal, plutôt mélodique, assez technique, bien pensé et travaillé, avec une espèce de souffle épique qui se manifeste tout du long sans s'imposer comme tel, ce qui colle parfaitement à l'ambiance générale de cet Hegemony. En revanche, ceux qui connaissent Abstract Agony seront forcément surpris par le format des morceaux, plutôt courts mais terriblement condensés. Bien écrit, aucun de ces morceaux n'est linéaire, ils ont tous une vie qui leur est propre, grâce notamment au côté conceptuel des paroles qui permet à chaque titre de se développer de façon parfois anarchique sans que cela soit choquant à l'oreille. On se laisse facilement entraîner le long de ces sept compositions qui forment un tout, où l'aspect mélodique n'est jamais écarté, bien au contraire.
Tout n'est pas exempt de défauts cependant. Si le son n'est pas franchement un problème, l'ensemble arrive à sonner brouillon par moments, comme si cela avait été enregistré dans la précipitation (Absolute Path où les guitares grésillent pas mal de façon désagréable et où le clavier se montre vite agaçant) ou certaines voix claires qui ne sont pas forcément du meilleurs effet sur la longueur.
Pour un premier effort, Aesmah propose quelque chose de fort intéressant avec cet Hegemony, qui aurait juste tendance à s'essouffler quelque peu vers la fin. Le groupe se détache également des standards du death mélodique made in Göteborg, qui a vécu et qui meurt gentiment dans les éclats passionnés des fans. On se retrouve avec quelque chose de très personnel, parfois d'osé et surtout, qui annonce des lendemains radieux. Il ne reste plus qu'aux musiciens de confirmer ce très bon premier essai en passant à la vitesse supérieure.