Un clip permet souvent à un groupe de raconter sa chanson, de rendre les paroles moins absconses. Dans le cas de
Lacrimosa, on ne peut pas dire que nous soyons beaucoup plus avancé, même si certains donnent de grandes indications sur les thèmes généraux des albums.
Tilo Wolff doit être quelque peu nostalgique de l'époque où les groupes de divers horizons sortaient des VHS de clips pour publier un DVD regroupant toutes les vidéos officielles de
Lacrimosa, de Satura à Lichtgestalt. Si l'exercice peut être un peu vain à l'époque de Youtube, ce produit a toutefois quelque chose de remarquable car on constate que les clips suivent quasiment la même évolution musicale que la formation germano-finlandaise.
L'histoire des clips débute en 1993 donc, avec l'arrivée de
Anne Nurmi, qui officiait alors dans Two
Witches.
Satura est le single logique de l'album du même nom et on avance dans les clichés du gothique : église, amour impossible, meurtre, le tout marqué par quelques incompréhensions scénaristiques, ce que l'on remarquera souvent tout le long de ce DVD. En outre, les morceaux sont souvent présentés dans des versions edit (à contrario de Mylène Farmer qui avec une chanson de trois minutes arrivait à tenir vingt minutes de film !) et l'histoire narrée a parfois du mal à se développer convenablement. Et si certaines vidéo apportent un éclairage nouveau quant aux paroles (
Lichtgestalt devient subitement bien plus explicite, entre Doppelganger et schizophrénie), d'autres laissent de marbre face à la succession d'images sans trop d'intérêts (
Durch Nacht Und Flut, inintéressante au possible).
On remarquera aussi le changement de direction des scénaristes. Au début, ils ont fait de Anne Nurmi une reine, le personnage central de bon nombre de clips ou la mettant clairement en avant avec sa plastique ma foi euh... plutôt agréable (tout juste affolante dans
Not Every Pain Hurts). Les premiers clips se veulent sombres, dans une ambiance totalement gothique, avançant même dans une espèce d'ambiance post-apocalyptique imaginée par Goethe (
Schakal, qui raconte la pochette d'Inferno de façon saisissante), avant de noter un changement de direction à partir de 1997 et de l'album Stille, représenté par trois vidéos plus lumineuses sans pour autant être clairement explicites. On a parfois l'impression de se retrouver dans une espèce de monde parallèle, proche du Cabal de Clive Barker, les êtres monstrueux en moins, un peu glauque, dangereux même, où le sexe se teinte d'une espèce de violence farouche. Après cela, on rentre dans un univers plus simple...
En effet, si le clip de
Allein Zu Zweit est tout simplement énorme (et pas seulement pour son érotisme torride, il est terriblement explicite quant à la base de l'histoire narrée dans Elodia, avec une simplicité dans les moyens mis en oeuvre effarante),
Der Morgen Danach et
Durch Nacht Und Flut marque un coup d'arrêt dans l'imagination. Le premier est un clip live saupoudré d'érotisme, le second une succession d'images, entre le groupe et des jeunes femmes se maquillant. A croire que Tilo Wolff, conscient de la concurrence d'internet, n'avait plus voulu sacrifier un trop gros budget pour un clip qui ne serait pas vu à la télévision, mais téléchargé derrière son écran d'ordinateur... On retrouve en revanche une certaine ambition donc avec
Lichtgestalt, plus lumineux (ben oui, fiez-vous au titre !), mais implicitement glaçant.
Entre érotisme, sado-masochisme, culture gothique prononcée et univers lugubres, le monde de
Lacrimosa peut prendre des direction inattendues à travers ces clips. Bien sûr, on retrouve également cette touche romantique unique, mais elle est bien moins présente que sur l'ensemble d'un album. Sans que l'image ne retire la profondeur d'un morceau, le fan peut être surpris par la tournure que peut prendre une vidéo. De l'obscurité des débuts, on a progressivement connu une recherche de lumière, à l'instar de l'évolution musicale de
Lacrimosa, qui s'est assagi avec le temps. On ne retrouve pas le côté fouillé des compositions dans les clips, mais était-il possible de retranscrire une musique souvent profonde, forte émotionnellement, sans tomber dans des clichés bien pires que ceux qui parsèment ce DVD ? Pas certain, l'écueil est évité à de nombreuses reprises.
Musikkurzfilme s'adresse bien sûr aux fans. Personne d'autre n'irait investir son pognon dans un DVD de clips d'un groupe qu'il n'apprécie que moyennement. Si cela n'apporte pas franchement un éclairage bien neuf sur le sens profond des paroles de Tilo Wolff, il permet de passer un moment plutôt agréable, même si les bonus ne sont pas forcément extraordinaires (making of, trailer pour Lichtjahre...). Bref, l'amateur lambda peut passer son chemin sans remords ou s'amuser à essayer de retrouver les vidéos sur Youtube (bon courage tout de même). Le fan n'est pas obligé d'investir non plus du coup. Bref, un produit plutôt sympathique, mais salement obsolète.