Après une première démo clairement dans un style proche de
Theatre of Tragedy, les espagnols d'Helevorn ont décidé de muter, de sortir de ce moule pour proposer une musique plus personnelle. Fragments est donc le résultat de ce changement d'identité, sorti en 2005, soit quatre années après Prelude. Désormais, Helevorn évolue dans un Doom Gothique aux influences
Paradise Lost prononcées, mais qui ne manque néanmoins d'intérêt comme le prouvent les nombreuses critiques élogieuses...
Si l'artwork se veut simpliste, c'est bel et bien tout le contraire qui se produit avec la musique des espagnols. En effet, les compositions ont gagné en profondeur, les mélodies restent ultra-présentes et une bien belle touche mélancolique vient enjoliver la bête. "Nobody is Waiting" ouvre le bal, et, en véritable hit, fait mouche dans le cœur des auditeurs avec ses ambiances lourdes et son amertume environnante. "Absolute Sadness" reprend lui les codes d'un
Paradise Lost inspiré, hormis ce refrain qui paraît quelque peu léger.
A ce stade-ci de l'écoute, Helevorn a déjà posé les bases de sa musique, muni de ses guitares au jeu inspiré et de ce clavier très gothique dans l'âme.
Reprenons avec le cœur même de Fragments. L'association de "Sequences", "Your Creased Silk" et "Ungravity" révèle une véritable maîtrise dans la composition et l'élaboration d'ambiances palpables. Helevorn a sensiblement franchi un cap avec ce premier opus, comme en témoignent les nombreux détails qui forgent le son Fragments...
Il sera difficile de rester indifférent à ces trois morceaux: "Ungravity" et son refrain aérien, "Your Creased Silk" et son clavier indispensable et "Sequences", avec ses guitares et son chant si profond, probablement l'un des meilleurs morceaux de Fragments avec "Nobody is Waiting".
La fin de l'album, si elle n'est pas dénuée d'intérêt pour autant, a plus l'allure de bonus tracks. Un bon morceau, "A Ghost in my Room", la fameuse reprise de "12" de
Katatonia, remise à la sauce Helevorn pour un résultat finalement pas si éloignée de l'originale, et "About Angels", issu de la démo Prelude justement, avec chant féminin et production légère à l'appui. Ce dernier titre souffre de vocaux féminins peu intéressants (surtout lorsqu'ils sont hurlés, où là ça ne passe vraiment pas), mais s'en sort avec un travail mélodique remarquable basé sur les guitares.
Si Fragments n'est que le premier album d'Helevorn, on peut d'ores et déjà admettre que les espagnols ont un potentiel plus qu'intéressant. Les guitaristes proposent un jeu très inspiré qui n'aura de cesse de guider l'auditeur dans les abysses mélancoliques des compositions, alors que le chant sera lui partagé entre parties claires sympathiques (pas toujours justes mais sympas quand même) et growls profonds (eux parfaitement maîtrisés). La batterie, comme ce clavier témoigne d'une réelle envie d'apporter une profondeur à Fragments, profondeur que vient alourdir cette basse présente.
La production aura un peu de mal à saisir l'auditeur, notamment à cause de ces guitares trop faibles. Pourtant, l'opus est passé entre les mains de Mika Jussila pour le mastering... Quoiqu'il en soit, et même avec certains petits défauts (la prod', le chant clair hésitants...), Helevorn s'en sort admirablement bien par ce côté authentique que la majorité des formations perd en surproduisant leurs disques...
Au final, un premier album plus que concluant! Fragments parvient à mener l'auditeur où bon lui semble, et cette mélancolie ambiante a le don d'être sacrément efficace. Puisant ses influences chez les
Paradise Lost et autres
Theatre of Tragedy (ben oui, quand même!), Helevorn est parvenu à se forger une personnalité naissante, accrocheuse grâce à un travail mélodique exemplaire.
Si la scène Doom espagnole ne fait pas beaucoup de bruit par chez nous, il sera grand temps de s'y mettre, et rien de mieux que ce petit Fragments pour s'y initier!