Sacred Heart, pris dans la continuité des albums de
Dio, décevra forcément. Il faut dire, succéder à des pavés comme Holy Diver et
The Last In Line n'allait pas être chose facile, ces deux disques ayant propulsé le Lutin à des sommets artistiques. On le savait déjà doué pour ses apparitions dans
Rainbow et
Black Sabbath, et sous son nom propre
Dio prouvait qu'il n'était pas qu'un bon chanteur. Qu'il pouvait voler de ses propres ailes et buter un dragon tout seul, comme un grand (!). Chuck Norris n'avait qu'à bien se tenir. Une barre placée haut et un guitariste qui commence à se sentir à l'étroit au sein de
Dio et du heavy metal n'ont pas été des facteurs de sérénité au moment d'enregistrer ce troisième album.
Petite nouveauté au passage,
Dio officialise
Claude Schnell comme membre à part entière du groupe. Ce dernier s'occupe des claviers, un détail qui ne manquera pas de faire sourciller les amateurs de
Rainbow. Est-ce que l'ancien chanteur de l'Arc-en-Ciel cherchait à toucher le style initié par
Ritchie Blackmore ? Autant rompre le suspens dès maintenant : non !
Dio se contente de faire du
Dio, mais la magie n'est pas aussi flamboyante, Merlin est salement enrhumé. En effet, là où les deux premiers disques faisaient dans le heavy classieux et épique, le groupe cherche ici à toucher un public plus large en allant chercher des sonorités que l'on ne se serait pas attendu à trouver. Le clavier vient adoucir l'ensemble, vient arrondir des angles de façon plus insistante que par le passé, la guitare se fait velours quand on attend une décharge tellurique.
L'exemple le plus pertinent serait le titre de fin, le pauvre
Shoot Shoot. Là où
Dio nous avait habitués à des finals épiques d'anthologie, il nous offre là une composition aux accents rock qui se traîne malheureusement sur quatre minutes et qui se voit gratifié d'un refrain très, trop FM dans l'approche. De quoi faire grincer les plaques d'armure des fiers guerriers partis astiquer leurs armes en vue d'un dégommage de dragons en règle.
Dio essaye de s'installer dans son époque, en bouffant à un râtelier qui ne lui sied guère. Campbell abandonne de sa superbe pour quelques paillettes. Il ne sera donc pas étonnant de le retrouver au sein de
Whitesnake version US quelques années plus tard.
Mais au milieu de ces titres plus faibles qui plombent l'intérêt du disque, on trouve quelques perles qui font dire que même si Sacred Heart n'est pas à la hauteur de ses deux grands frères, il est loin d'être du vomi de troll. Le morceau éponyme à lui seul valide l'achat du disque. Longue pièce épique au refrain entêtant, elle nous rappelle pourquoi on apprécie le lutin. Elle dégage malgré un mid tempo illusoirement calme une grandeur théâtrale, véritable caviar pour le chanteur qui offre une prestation de toute beauté. Et comment ne pas saliver devant l'ambiance live explosive de
King Of Rock And Roll, ouverture puissante, classique mais plaisante ? Comment ne pas prendre son pied lors de l'enchaînement
Rock'N'Roll Children/
Hungry For Heaven qui en leur temps furent propulsés au rang de singles ? Pas de simples cache-misère, mais de très bonnes chansons qui portent dignement leur rang.
Sacred Heart est un disque contrasté, fait de hauts et de bas, mais forcément décevant quand on connait ses deux prédécesseurs. Il reste néanmoins un disque agréable, bon, même passé les premières écoutes. Mais il est le plus faible de l'âge d'or de
Dio et surtout, il marque la fin de la collaboration entre Campbell et
Dio. Les mots doux qu'ils s'échangent par presse interposée prouvent que ça ne s'est pas fait sans douleur. Mais cela justifie-t-il le côté plus léger du groupe ?