Un an après le très bon Holy Diver,
Dio remet le couvert avec
The Last In Line, où l'on retrouve son démon et ses chaînes pour une pochette assez laide, mais devenue mythique dans le microcosme du heavy metal. A une époque où les groupes étaient capables d'enchaîner album sur album,
Dio demeurait une énigme. De Elf à
Black Sabbath, en passant par
Rainbow, le lutin aura accumulé les enregistrements, toujours avec la même fougue, la même force. On pouvait penser, légitimement, qu'il allait un jour craquer et poser un genou à terre (là, on aurait pu le confondre avec un nain de jardin ! Héhé... Euh... Pardon.). Mais encore une fois, Ronnie James nous en met plein la vue.
Le premier titre est explicite :
We Rock. Véritable tornade heavy metal, menée par un jeune guitariste virtuose,
Vivian Campbell. Ici, les musiciens ne cherchent pas à fignoler, c'est du direct, un hymne destiné à être repris en choeur durant les concerts. C'est rapide, enlevé, la section rythmique est énorme, bien en place. Derrière le micro,
Dio est majestueux et il en impose. On comprend aisément qu'il ait été considéré comme l'un des meilleurs chanteur de sa génération. Tout au long du disque, on a droit à des morceaux grandioses, qui piochent allègrement dans les anciens groupes de Ronnie James
Dio. On retrouve une lourdeur propre à
Black Sabbath, appliquée à des tempos plus enlevés, ainsi qu'une certaine forme épique liée à
Rainbow (
The Last In Line et son introduction qui fait penser au premier opus de l'Arc-en-Ciel).
Et pourtant, le groupe est loin d'être un vulgaire produit dérivé sans inspiration. A la guitare, Vivian Campbell développe son propre style, fait de feeling et de mélodies ; il est capable de briller durant un solo fulgurant et limpide et de s'imposer comme l'un des meilleurs dans son domaine. On retrouve sa patte du titre d'ouverture jusqu'au phénoménal
Egypt (The Chains Are On) dont l'intro renverrait un bref instant au
Gates Of Babylon de
Rainbow. C'est vif, heavy, la puissance sait reculer pour laisser respirer les mélodies quand il le faut.
Malheureusement, comme une bonne partie des albums sortis dans les années 80 et tributaires d'un clavier, la musique a pris un petit coup de vieux. Avec des synthés d'un autre temps, même les compositions les mieux écrites peuvent être effleurées du doigt de la ringardise (
The Last In Line, hélas). C'en est d'autant plus dommage qu'un groupe comme
Iron Maiden, selon les productions, a su profiter d'une patine fort agréable.
The Last In Line est un chef-d'oeuvre quand on le remet dans le contexte de l'époque. Puissant, heavy, classieux, avec des musiciens en forme qui livrent une excellente prestation. Nettement plus entier que Holy Diver, son prédécesseur, mais impuissant contre les ravages du temps. Il reste cependant un incontournable pour les fans du lutin et ceux qui veulent savoir ce qu'il valait en solo, à son zénith, c'est celui-ci. Ensuite, la chute s'amorcera, inexorablement.