Deux ans après un Sacred Heart qui manquait un peu de conviction,
Dio revient avec ce
Dream Evil et surtout, avec un nouveau guitariste du nom de
Craig Goldie (ex Rough Cutt) en lieu et place de
Vivian Campbell. Et en fermant les yeux, on peut se dire que le lutin facétieux a presque réussi à retrouver une perle, un musicien aussi imaginatif que Campbell. Presque. Et toute la nuance tient dans ce mot.
Le rendu se veut plus heavy que sur Sacred Heart. Paradoxalement, le clavier est plus présent sur ce disque, on l'entend mieux et on apprécie son apport mélodique, qui permet à Ronnie James
Dio de se mettre en valeur. Goldie, quant à lui, semble bien avoir étudié le
Ritchie Blackmore Illustré, tant ses riffs ont un petit quelque chose du
Rainbow de la grande époque. La chanson titre n'est pas sans évoquer le
ManOf The Silver Mountain de l'Arc-en-Ciel dans son approche, avant que la mélodie vocale ne vienne complètement changer la donne. Mais de surprises, il n'en est pas vraiment question.
Le groupe a une approche très classique, et fait sobrement étalage de son talent sur des compositions racées, soignées, qui peuvent prendre une tournure épique des plus séduisantes. Certaines compositions sont mêmes comparable à une vague de sentiments qui vous balaient comme un simple coquillage sur la plage. Ainsi, malgré une production assez faiblarde,
All The Fools Sailed Away, le long de ses sept minutes, vous bousculera intérieurement, avec sa montée en puissance irrésistible, fantastique. Assurément le moment fort de cet album qui n'en manque pas. Pas franchement en fait.
Parce que si on ne connait pas le groupe de Ronnie James
Dio, on ne peut que s'agenouiller devant cet opus, qui se veut magistral. Mais comme il l'a été dit précédemment, l'album ne surprendra pas les fans.
Dio chante bien, les musiciens jouent bien, le côté FM a été gommé pour permettre à la formation d'être plus percutante, plus incisive, mais il manque ce petit plus, cette touche d'originalité qui aurait permis à ce disque de se démarquer de ses grands frères.
Dio fait du
Dio, à savoir cette habile alchimie entre la lourdeur de
Black Sabbath et le sens de l'épique du
Rainbow des débuts. C'est bien fait, mais est-ce bien suffisant pour rester dans les mémoires comme un incontournable ?
Là réside le problème majeur de ce
Dream Evil bien foutu. Il n'y a pas grand chose à redire sur la forme, qui est donc un retour à une formule plus heavy, proche de
The Last In Line. En revanche, si on insiste sur le fond, il manque un grain de folie qui aurait pu modifier la donne. Mais
Dream Evil, c'est également le disque qui symbolise la fin de l'âge d'or pour
Dio, qui posera douloureusement un genou à terre par la suite. Bref, autant savourer cet opus, déjà entendu, qui n'étonnera même pas dans sa construction. La triste lassitude de l'habitude.