Lorsqu’un artiste inscrit son art dans une certaine temporalité, démarquer chacune de ses créations de la précédente est d’une rare complexité si tant est que ces œuvres ne résultent pas d’un profond désir intérieur évolutif de recherche de soi. Cette quête identitaire peut s’avérer captivante dans des activités aussi variées que la sculpture ou encore la peinture, donnant naissance à des vocations souvent transdisciplinaires, laissant, parfois, libre court à la géniale imagination. Elle condamne pourtant la musique contemporaine à un inextricable tourment. Comment évoluer sans trahir ? Comment se renouveler sans se dénaturer ? Et donc, comment trouver ce juste équilibre entre évolution et continuité ?
Les britanniques de
Def Leppard nous avaient laissés avec les amères désillusions nées à l’écoute d’un X bien trop dévoué à un Rock/Pop stérile pour ceux qui, comme votre humble serviteur, ont toujours l’infime espoir d’y trouver un minimum de vigueur et d’intensité dû aux genres affiliés au Hard/Metal. Un minima que ce X n’offrait en rien, plongeant ainsi son auditoire dans une déconvenue. Cette déroute artistique instaurait irrémédiablement à l’égard de ces britanniques, une irrépressible fébrilité inquiète quant à leur positionnement musical à venir. Et c’est, effectivement, le sentiment qui étreignait ceux qui avaient suivis la déliquescence artistique de cette musique certes mélodiques mais toujours suffisamment ‘‘âpre’’ pour ne pas, jusqu’alors, sombrer d’un Hard-FM à autre chose de nettement plus mielleux, nettement plus harmonieux et nettement moins attachant. Cet adoucissement musical, dilution créative, tant redouté étant désormais un fait, le conjuguer à ces interminables années de silence s’écoulant inexorablement, devient alors une source de préoccupation supplémentaire.
Et c’est en cette année 2008, que
Def Leppard décide, enfin, de revenir avec ce nouvel effort, Songs from the Sparkle Lounge. Exception faites de diverses compilations et d’un album de reprises, nul n’aura entendu de nouveaux titres concernant les anglais depuis la sortie de son dernier véritable album studio six ans auparavant. Nul doute que cet interminable temps passé ne saurait être de nature rassurante concernant le visage caractéristique du
Def Leppard de ces années 2000 bien trop épisodiquement exposé. Si la seule certitude certaine concerne l’harmonieuse musicalité qui sera indéniablement prépondérante, personne ne peut affirmer de manière convaincu de la teneur précise de cet œuvre avant sa sortie.
Il apparait, d’emblée, que le dessein de
Def Leppard est celui d’intégrer ses différents caractères, parfois perturbant, au sein de sa musique. Ainsi peut-on sentir exhaler de cet album les parfums d’un passé proche. Cette album est dans le prolongement du propos d’Euphoria, et donc d’Adrenalized et d’Hysteria, mais également dans une moindre mesure de celui de Slang, dont le titre Go, orphelin esseulé pourrait être issu. Les anglais composent donc un mélange certes plus convaincant et efficace que précédemment, mais dont le résultat demeure déconcertant. Outres un très bon Nine Lives, où Tim McGraw acteur et chanteur réputé de l’univers folklorique américain vient enrichir un titre dont le riff principal a des relents blues/country, pour un résultat délicieux ; le reste demeure moyen.
Bien évidemment
Def Leppard aura su retrouver quelque peu de sa superbe et de sa, relative, pugnacité mais en des titres bien trop convenues et bien trop peu inspirés pour réellement nous satisfaire pleinement. Ainsi un C’mon C’mon, titre pourtant sympathique mais au refrain complètement raté, ou encore Only the Good Die Young, mais aussi, par exemple, Tomorrow ne sont que des variations sur un thème déjà proposé par le groupe. Bad Actress, sorte de Rock/Boogie endiablé parvient, tout de même, à nous sauver d’une dangereuse léthargie. Le titre, à défaut d’être inédit, demeure efficace. Seul Gotta Let It Go, dont les couplets ont des allures de douces romances et dont les refrains sont d’une rare efficacité, suscite l’éveil d’un infime intérêt.
Ce Songs from the Sparkle Lounge, loin d’une remarquable rédemption exemplaire, constitue un premier pas vers une éventuelle rémission. Les britanniques convalescent de
Def Leppard renouent, fort de ce disque, avec une certaine conception plus attachante de la musique qui fut, autrefois, la leur avant un désastreux X. Si le résultat demeure moyennement réussi et moyennement captivant, il reste formidablement encourageant pour peu que le groupe ne bascule pas, à nouveau, dans ces travers d’antan.